Le théâtre de Hammamet était plein à craquer à l’occasion du passage du grand artiste syrien Nour Mhenna qui revient sur scène après quatre ans d’absence. Vers 22h30 heures, l’artiste s’est pointé sur scène accompagné de la troupe nationale tunisienne dirigée par Mohamed Lessoued. Durant deux heures, il nous a séduits par ses mouachahats, adwars, qodouds et ses poèmes d’amour (ghazal). Nour était gai, rayonnant et égal à lui-même. Il a enchanté ce soir les mélomanes avec un programme riche et varié puisé dans l’immense patrimoine musical arabe. Le «Tareb», justement, est-il donc autre chose que cette ivresse qui saisit l’auditoire et le hisse haut? Le public qui a investi le théâtre d’Hammamet a sans doute vécu un moment exceptionnel et, porté par la voix puissante et juste du maître syrien, a accompli un beau voyage. Il semble garder toute sa fascination sur la foule des auditeurs. Il y a de quoi. Sa voix d’abord d’un timbre unique, défie le temps par sa tessiture et sa puissance.

Dans ce mélange rythmique de musique d’ici et d’ailleurs, des violons, des percussions ont complété le décor instrumental oriental, avec la participation d’une instrumentiste féminine , donnant ainsi une plus grande ouverture à son récital de chants, partant de la conviction de cet artiste toujours attaché à ses origines, que l’art n’a pas de frontières. Outre son répertoire personnel où la touche authentique revisitée ne cesse d’enchanter, Nour Mehanna a offert une petite ballade musicale syrienne en reprenant les refrains de ses plus célèbres tubes dont « Ya zaman » et « Laala Wa Assa » La musique de ce grand maitre est donc comme les paroles de ses chansons d’une grande simplicité. Une musique qui se base sur des rythmiques simples. SA voix si douce si imposante cadre avec cette tendance générale de la simplicité. Rayonnant et souriant, Il a régalé ses fans et les a séduits. Il a qualifié sa participation au Festival de Hammamet de ’’message d’amour et de fraternité’’ du peuple syrien au peuple tunisien. Il a également exprimé sa profonde admiration pour le public tunisien qu’il a découvert, a-t-il dit, dans les années 90. Durant toute la soirée, il a vibré sur un cocktail comprenant les meilleures de ses succès comme « Ibaad Hawa » « Maarouf » « Ya mali Cham » et « Yama Ya Ghalina »que le public connaît par cœur et qu’il a fredonnées avec l’artiste en chœur. Plutôt qu’une révélation, c’est une communion que le public cherchait. Communion avec le tourath halabi.

Le charme de sa voix et ses mélodies authentiques rappelaient le talent de Sabah Fakri, Omar Sarmini, Hammam Khairi et toute cette école syrienne de chant. Il a fait ce soir étalage de son style, de sa sensibilité et de son timbre particulier. Une vraie fête de tarab. Et la soirée continue avec les applaudissements de l’assistance. Et l’un des sommets de la soirée c’est lorsqu’il interpréta des tubes d’Oum Kalthoum et de Mohamed Abdelwaheb. Le public chauffé adhère et n’arrête de participer à cette fête. Sans musique, Nour Mehenna a enflammé les gradins bondés de jeunes, d’adultes et de vieux car ce soir-là, il chantait avec ses tripes, l’accompagnant de leurs acclamations et même de leurs you yous, pour l’aider à se surpasser. Bref, une soirée de tarab de qualité sans déchaînement, sans agressivité, une soirée qui nous a comblés et qui prouve le professionnalisme de ce grand chanteur.

Kamel Bouaouina
Photos Fliss et Berrazagua

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