VINCENT COGNET
Il y a quatre ans, Novak Djokovic avait accompli une saison exceptionnelle, restée fameuse par ses 41 succès d’affilée jusqu’en demi-finales de Roland-Garros (éliminé par Federer). Estomaqué par le niveau d’intensité atteint lors de la finale de l’US Open (gagnée face à
Nadal), son coach Marian Vajda avait parlé de «cosmic tennis».Mais que dire alors de la saison 2015 du Serbe ? Qu’elle provient de l’hyper espace ? Sans doute. Car «Djoko» ne s’est pas contenté de régner sans partage et d’abattre quelques records. Il a surtout dégagé un sentiment d’invulnérabilité, qui a lui-même suscité une sensation d’inexorabilité. Cette année, quiconque ne pariait pas sur un succès final du numéro 1 mondial avait le sens de la provoc visséenlui.

Pas un seul mauvais match de l’année” BORISBECKER

Avant même le tournoi de Bercy, début novembre, la question était déjà sur toutes les lèvres : Djokovic n’était-il pas en train de réussir la saison la plus extraordinaire de l’histoire du tennis ? Trois semaines plus tard, à Londres, elle se faisait encore plus pressante. Entretemps, le Serbe avait évidemment gobé tout cru Bercy et le Masters. Au bilan comptable de fin d’année, quatre chiffres enfonçaient tous les clous : deuxième petit chelem (après 2011) ; cinquième Masters ; six titres en Masters 1000 (un record) ; et 16 585 points ATP (du jamais-vu). Sans oublier l’énorme cerise d’un ratio de succès contre les
tops 10 qui frise l’indécence (31 victoires, contre 5défaites).
Comment expliquer pareille domination ? Au-delà de ses talents de manieur de balle, par deux facteurs cumulatifs : la fulgurance de son début de saison et sa résilience mentale dans la deuxième partie de l’année. Depuis plusieurs années, Djoko a la bonne idée de rafler l’Open d’Australie. En 2015, il a accentué sa mainmise sur le circuit en remportant coup sur coup Indian Wells et Miami. Psychologiquement, le coup est parfait : dès début avril, la concurrence est déjà dans les cordes. Et sa confiance à lui au zénith. Couplée à la perte
de vitesse de Nadal, elle lui offrait deux longueurs d’avance lorsque s’est pointée la saison sur terre battue. Défait en finale de Roland-Garros par Stan Wawrinka, il aurait pu lâcher l’affaire. C’eût été légitime :même quand le chat Rafa n’est plus là, il ne parvient pas à
danser sur le court Philippe-Chatrier.
Trois finales, trois échecs, la pilule est dure à avaler… Mais les deux Grands Chelems suivants vont prouver que le numéro 1 mondial a de la ressource. Sans le moindre tournoi de préparation sur gazon, il décroche son troisième Wimbledon. Deux mois plus tard, il sort
vivant d’une expérience traumatisante en finale de l’US Open : face à un Federer bondissant mais surtout 25 000 spectateurs viscéralement attachés à sa perte, il remporte son dixième titre du Grand Chelem. Chapeau bas. En fin de saison, son mentor Boris Becker n’en revenait toujours pas. « Ce que je trouve de plus fort, c’est que Novak n’a pas disputé un seul mauvais match de l’année ! J’ai beau me creuser, je ne me souviens pas qu’un autre
joueur ait réussi la même performance. »Àdire vrai, nousnonplus

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