Mohamed Damak revient sur le maintien de la notation BICRA du système bancaire tunisien attribuée par standard & poor’s à 9

Mohamed Damak, responsable mondial de la finance islamique chez Standard & Poor’s (S&P) est revenu ce matin sur la notation attribuée par l’agence au risque sur le secteur bancaire tunisien, (BICRA, ou Banking Industry Country Risk Assessment) relégué en 2015 à 9 sur une échelle de 1 à 10, où 1 est le meilleur score), avec des scores de 8 pour le risque économique et 9 pour le risque industriel, et maintenu en 2016 avec perspectives stables.

Mohamed-DamakLes principales évolutions par rapport à l’année dernière concernent la réduction des déséquilibres macroéconomiques, notamment avec l’amélioration du solde du compte courant dû à la baisse des prix du pétrole, et un tassement prévu de la croissance des prix de l’immobilier. En revanche, Standard & Poor’s a constaté une hausse du risque de crédit dans le système bancaire tunisien, explique le responsable, au micro d’Express Fm, et ce en raison des pressions sur les entreprises tunisiennes, émanant principalement de la baisse de l’activité et des revendications d’augmentation de salaires.

La bonne nouvelle c’est la recapitalisation réussie des banques publiques, selon Mohamed Damak, du moins pour BH dont la structure du capital est restée inchangée vu que les investisseurs privés ont répondu présent, et pour la STB, désormais contrôlée à hauteur de 83% par l’Etat. En revanche il y a moins de visibilité pour la BNA pour ce qui est de l’augmentation de capital. Le responsable a déploré l’absence de détails sur le projet de restructuration des banques publiques, ajoutant que S&P n’exclut par que l’Etat utilise une nouvelle fois ces institutions à des fins de politiques macroéconomiques, en affectant par exemple une de ces banques au développement régional, ce qui impliquerait ce que l’agence appelle des distorsions de marché.

Au niveau prévisionnel, l’agence s’attend à un taux de croissance de 2,5% cette année et un tassement de la hausse du prix de l’immobilier qui a doublé sur les 4 dernières années, estime Mohamed Damak. La hausse des prix de l’immobilier se limitera à 8 voire 10% en 2016 selon Standad & Poor’s, une décélération attribuée à la baisse du financement bancaire du fait du manque de liquidité qui a déjà poussé la BCT à injecter 5,8 milliards de dinars depuis 2011, « on ne voit pas aujourd’hui de stratégie de sortie du soutien de liquidité » a-t-il ajouté, même avec le rehaussement des exigences de la BCT en matière de qualité du collatéral qui ouvre l’accès à ces lignes de liquidités . Le scénario de base de Standard & Poor’s confirme le risque de correction sur le secteur immobilier mais pas en 2016, le cas échéant, l’impact sur le secteur bancaire sera « au moins important » affirme l’expert, puisque 36% des crédits attribués en Tunisie sont exposés à l’immobilier. Quant au secteur touristique, il représente environ 10% à 12% des expositions totales mais 25% des créances douteuses.

Un des défis auquel fait face le secteur bancaire tunisien est celui de la réglementation. Si la révision de la loi bancaire est en cours, le projet de l’Asset Management Company, censé être créée il y a deux ou trois ans pour aider le système bancaire à se défaire des créances douteuses liées au tourisme, est encore en suspens. Par ailleurs, et en termes d’adéquation des fonds propres, le système bancaire tunisien est toujours sous Bâle I, souligne Mohamed Damak, notamment au niveau des risk weighted assets, et même si la définition des fonds propres admises par la Banque Centrale de Tunisie est proche de Bâle III.

Sur un plan plus large, les autres défis soulignés par Standard & Poor’s concernent les environnements politiques, toujours en phase de stabilisation sécuritaire, encore impactée par les derniers attentats, et géopolitique, principalement dominé par la situation en Libye.

Interrogé sur l’avenir de la finance islamique, Mohamed Damak a indiqué que l’année 2016 sera difficile pour le secteur en général, du fait de la forte concentration dans les pays exportateurs de pétrole qui font face aujourd’hui à la dégringolade des prix, ce qui impliquera moins de besoin de financement. Déjà en 2015, le marché des Sukuk a affiché une baisse de 40% vs 2014 à 63 milliards de dollars, ajoute Damak, une baisse en grande partie liée à la décision de la banque Centrale de Malaisie d’arrêter l’émission de Sukuk. En définitive, les émissions de Sukuk en 2016 devraient totaliser 50 à 55 milliards de dollars.

 

 

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