L’économie africaine continue de progresser malgré un contexte international incertain. La Banque africaine de développement (BAD) prévoit une croissance du PIB du continent de 4,1 % en 2025, puis de 4,4 % en 2026. Ces chiffres, révélés dans le rapport « Performances et perspectives macroéconomiques de l’Afrique » publié récemment à l’occasion de la 38e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine à Addis-Abeba, indiquent une amélioration par rapport aux 3,2 % enregistrés en 2024 et aux 3 % de 2023. Toutefois, cette progression reste en deçà du seuil de 7 % requis pour une réduction significative de la pauvreté, selon les économistes de la BAD.
Disparités régionales marquées
Toutes les régions du continent n’affichent pas la même dynamique de croissance. L’Afrique de l’Est se positionne en tête avec une expansion prévue de 5,3 %, suivie de l’Afrique de l’Ouest à 4,6 %. Dans cette dernière région, les pays francophones devraient enregistrer une croissance supérieure à 5 %, à l’image de la Côte d’Ivoire qui atteindrait 6,3 %. À l’inverse, le Nigeria, plus grande économie d’Afrique de l’Ouest, ne devrait croître que de 3,5 %, plombé par des déséquilibres monétaires et la baisse des prix du pétrole.
L’Afrique centrale et l’Afrique du Nord devraient connaître une croissance modérée de 3,9 %, tandis que l’Afrique australe, ralentie par la contre-performance de l’Afrique du Sud (1,8 %), devrait se limiter à 3 %. En revanche, seuls deux pays sont attendus en récession cette année : la Guinée-Équatoriale, dont le PIB devrait chuter de 0,8 % en raison de la diminution de ses revenus pétroliers, et le Soudan, qui connaîtrait un recul de 1,1 % à cause des tensions sécuritaires.
Un record de croissance pour le Soudan du Sud
Le Soudan du Sud enregistre un bond spectaculaire de 34,4 %, le plus élevé du continent. Cette performance est attribuée à une amélioration relative de la stabilité politique, bien que le pays reste l’un des plus pauvres du monde. Par ailleurs, la BAD estime que 24 pays africains devraient afficher une croissance supérieure à 5 % en 2025, un signal encourageant pour l’économie continentale.
Stabilisation des devises et inflation persistante
La BAD relève également des signes de stabilisation des taux de change dans plusieurs pays ayant connu de fortes dépréciations monétaires en 2023 et 2024, notamment l’Égypte, le Nigeria, l’Éthiopie et le Zimbabwe. L’institution anticipe que la désinflation dans les économies avancées pourrait réduire l’impact inflationniste sur l’Afrique et favoriser un regain d’investissements étrangers.
Cependant, l’inflation demeure préoccupante. Si la moyenne continentale devrait s’établir à 12,6 % en 2025, contre 18,6 % en 2024, certains pays comme l’Angola, l’Égypte, l’Éthiopie et le Burundi devraient dépasser les 20 % d’inflation, affectant le pouvoir d’achat et la stabilité sociale.
Endettement et risques économiques
Le rapport met également en lumière la persistance des déficits publics, estimés à 4,6 % du PIB en 2024 contre 4,4 % en 2023. La dette publique africaine, bien que stable (59,2 % du PIB en 2025 contre 60 % en 2024), reste une source d’inquiétude. En septembre 2024, neuf pays, dont le Tchad, l’Éthiopie, le Ghana et la Zambie, étaient en situation de surendettement, et onze autres présentaient un risque élevé. Ces nations représentent 30,5 % de la population africaine.
Protectionnisme et défis mondiaux
La BAD met en garde contre les effets du protectionnisme croissant sur les économies africaines. La dépendance du continent aux exportations de matières premières le rend vulnérable aux hausses de barrières commerciales, qui pourraient réduire la demande et faire chuter les prix des ressources naturelles. De plus, le « friendshoring », qui favorise les échanges entre pays politiquement alignés, pourrait limiter l’accès de l’Afrique aux technologies et aux investissements stratégiques.
Un tournant pour la BAD
Ce rapport est le dernier publié sous la présidence d’Akinwumi Adesina, dont le mandat à la tête de la BAD arrive à son terme. Le 29 mai 2025, l’institution panafricaine élira un nouveau président parmi cinq candidats : Sidi Ould Tah (Mauritanie), Amadou Hott (Sénégal), Samuel Munzele Maimbo (Zambie), Bajabulile Swazi Tshabalala (Afrique du Sud) et Abbas Mahamat Tolli (Tchad). L’élection de ce nouveau dirigeant interviendra à un moment clé, alors que l’Afrique cherche à renforcer sa résilience économique et à accélérer sa transformation structurelle.